Se faire coacher quand on est slasheur

L’accompagnement des individus sur des problématiques professionnelles via le coaching est désormais bien connu des entreprises et de plus en plus de collaborateurs en bénéficient pour travailler plus efficacement, prendre confiance, évoluer dans leur poste, etc. Et pour les slasheurs ? Le coaching est-il adapté aux types de problématiques rencontrées dans le cadre d’une pluri-activité ? Héloïse Tillinac, fondatrice du site slasheurs.fr et coach professionnel, rend compte de son expérience en coaching de slasheurs.

Les slasheurs ont-il besoin d’être coachés ?

« La majorité des slasheurs a choisi volontairement de pratiquer plusieurs activités : ils vivent la dispersion ou le saut du coq à l’âne comme faisant partie des points positifs de leur mode de vie professionnelle. Varier les domaines, rencontrer des interlocuteurs différents, changer souvent de sujet nourrit leur curiosité et leur donne de l’énergie. Et pour beaucoup d’entre eux, le slashing n’est pas seulement un travail, c’est la traduction d’une partie de leur personnalité (touche à tout, curieux, goûts éclectiques…). Donc a priori, le slasheur est un professionnel épanoui qui échappe aux questions d’ennui, de sens donné à son travail, de cohérence entre ce qu’il est et ce qu’il fait. Pour autant vivre au quotidien une multi-activité amène son lot de challenges : l’organisation est le premier point qui vient en tête (priorisation, séquençage, place pour la vie privée…). Mais plus profondément, les multi-actifs doivent aussi gérer des questions de légitimité, d’identité, de positionnement vis-à-vis des clients, des partenaires, de l’entourage. Le risque c’est qu’ayant adopté la pluri-activité par choix, le slasheur ne s’autorise pas à voir ce qui coince ou à demander de l’aide.

Sur quelles problématiques ?

Il n’y a pas de réponse toute faite dans le sens où chacun arrive avec une problématique qui lui est propre et cette problématique évolue fréquemment au cours d’un coaching. Disons qu’il y a quelques thématiques fréquemment abordées avec les slasheurs qui tournent par définition autour de l’équilibre :

  • Frontière vie privée/vie professionnelle : la question de l’espace que l’on ménage à sa vie privée est un incontournable aujourd’hui. Chez les slasheurs qui doivent caser plusieurs activités dans une journée, ça coince plus vite et plus fort. Tout le monde est capable de poser des limites, de faire des to-do, de chronométrer ses activités. Mais tant qu’on n’a pas fait le point sur ce à quoi on accorde de l’importance, les raisons qui nous poussent à poser des limites, on ne s’y met pas réellement. Ou bien on ne s’y tient pas plus de 4 jours…
  • Procrastination, blocage, bug : le slasheur n’étant contraint par personne de cumuler plusieurs activités, il peut être parfois traversé par des phases où il n’arrive plus à s’y mettre. Si c’est au retour de vacances ou après une réponse négative, on laisse passer quelques jours. Si ça s’éternise, cela peut être utile de faire le point sur ce qui coince. On découvre souvent que ça bloque au niveau des valeurs.
  • Fatigue : le cumul d’activités s’enchaîne parfois de telle manière que sans pause ni respiration psychique le professionnel pluri-actif est au bord de l’épuisement. Entre burn-out et bore out, le slasheur est clairement du côté du burn ! Le coaching peut être l’occasion d’apprendre à appuyer sur le bouton stop d’une créativité débordante ou de pensées envahissantes.
  • Identité, positionnement, légitimité : que dire de son/ses activités ? comment se positionner ? quels repères trouver pour « se sentir » professionnellement ? Cette question est la première difficulté des slasheurs.  En coaching, on peut travailler sur ses atouts, ses forces, ses valeurs, ses freins, ses besoins professionnels… cette prise de recul sur son « soi professionnel » permet de se forger une assurance nouvelle dans sa multi-activité. Le sentiment de légitimité n’est pas qu’un confort psychologique : la confiance qu’on y trouve développe une assertivité qui rend plus engagé, plus dynamique et plus convaincant.

Quels outils ?

Le slasheur manque souvent de recul sur son activité pour trois principales raisons : il manque de temps, il est isolé dans sa pluriactivité (il peut être entouré dans chacune de ses activités mais il est le seul à vivre le pont) et sa manière de travailler est encore peu installée socialement (il manque de repères, de structures, de modèles sur lesquels s’appuyer). De ce point de vue, le coaching quel que soit l’outil ou l’approche peut aider les slasheurs puisque son principe de base est de créer un effet miroir via le questionnement et la reformulation. Personnellement, j’utilise des outils inspirés de l’approche narrative pour aider à cette prise de recul. Le but est de « faire sortir » l’activité du professionnel, pour lui permettre de la regarder d’un œil neuf et d’un nouveau point de vue. Mais quelle que soit l’approche, ce qui compte c’est la qualité de la formation (un diplôme ou une certification) et le sentiment de confiance que le coach inspire ou non lors de la première rencontre.

Et après ?

Le coaching n’est qu’un début ou qu’une étape dans la construction de la « personne professionnelle » du slasheur. Il lui permet de se positionner clairement dans son activité (dans son organisation, dans son équilibre vie privé/vie pro, dans l’image qu’il souhaite véhiculer à son réseau, etc.). Pour la suite, le slasheur poursuit sa route, avec les outils construits lors du coaching ainsi qu’avec l’énergie et la confiance emmagasinée. »

Héloïse Tillinac

Coach diplômée de l’Université Paris 8, fondatrice de slasheurs.fr et du cabinet Neowork Lab.

contact : heloise.tillinac@neowork-lab.fr

 

Post Author: La rédaction

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