Se faire coacher quand on est slasheur

L’accompagnement des individus sur des problématiques professionnelles via le coaching est désormais bien connu des entreprises et de plus en plus de collaborateurs en bénéficient pour travailler plus efficacement, prendre confiance, évoluer dans leur poste, etc. Et pour les slasheurs ? Le coaching est-il adapté aux types de problématiques rencontrées dans le cadre d’une pluri-activité ? Héloïse Tillinac, formatrice et coach professionnel, nous explique les spécificités d’un coaching de slasheurs.

Les slasheurs ont-il besoin d’être coachés ?

HT : Pour beaucoup de ces professionnels qui cumulent plusieurs activités, le slashing n’est pas seulement un travail, c’est la traduction d’une partie de leur personnalité (touche à tout, curieux, goûts éclectiques…). A priori, le slasheur est un professionnel épanoui qui échappe aux questions d’ennui ou de sens donné à son travail. Pour autant, vivre au quotidien une multi-activité amène son lot de challenges. L’organisation est le premier point qui vient en tête (priorisation, séquençage, place pour la vie privée…). Mais plus profondément, les multi-actifs doivent aussi gérer des questions de légitimité, d’identité, de positionnement vis-à-vis des clients, des partenaires, de l’entourage. 

Sur quelles problématiques ?

H.T. : Il n’y a pas de réponse toute faite dans le sens où chacun arrive avec une problématique qui lui est propre et cette problématique évolue fréquemment au cours d’un coaching. Disons qu’il y a quelques thématiques fréquemment abordées avec les slasheurs qui tournent par définition autour de l’équilibre. La frontière vie privée/vie pro par exemple est une question presque renforcée chez les multi-actifs. Quand on doit caser plusieurs activités dans une journée, ça coince plus vite et plus fort. Il y a aussi la fameuse procrastination d’autant plus renforcée lorsque les activités sont indépendantes (sans contraintes hiérarchiques). Si c’est au retour de vacances ou après une réponse négative, on laisse passer quelques jours. Si ça s’éternise, cela peut être utile de faire le point sur ce qui coince. Le pluri-actif peut aussi éprouver une fatigue, voire un épuisement. Le cumul d’activités s’enchaîne parfois de telle manière qu’il n’y a plus de pause ni respiration psychique. Entre burn-out et bore out, le slasheur est clairement du côté du burn ! Le coaching peut être l’occasion d’apprendre à appuyer sur le bouton stop d’une créativité débordante ou de pensées envahissantes. Et puis il y a toutes les questions qui tournent autour de la légitimité, du positionnement, de l’identité professionnelle : que dire de son/ses activités ? comment se positionner ? quels repères trouver pour « se sentir » professionnellement ? En coaching, on peut travailler sur ses atouts, ses forces, ses valeurs, ses freins, ses besoins professionnels… cette prise de recul sur son « soi professionnel » permet de se forger une assurance nouvelle dans sa multi-activité. Le sentiment de légitimité n’est pas qu’un confort psychologique : la confiance qu’on y trouve développe une assertivité qui rend plus engagé, plus dynamique et plus convaincant.

Quels outils ?

HT : Le slasheur manque souvent de recul sur son activité. Il y a selon moi trois raisons à cela : il manque de temps, il est isolé dans sa pluriactivité (il peut être entouré dans chacune de ses activités mais il est le seul à vivre le pont) et sa manière de travailler est encore peu installée socialement (il manque de repères, de structures, de modèles sur lesquels s’appuyer). De ce point de vue, le coaching quel que soit l’outil ou l’approche peut aider les slasheurs puisque son principe de base est de créer un effet miroir via le questionnement et la reformulation. Personnellement, j’utilise des outils inspirés de l’approche narrative pour aider à cette prise de recul. Le but est de « faire sortir » l’activité du professionnel, pour lui permettre de la regarder d’un œil neuf et d’un nouveau point de vue. Mais quelle que soit l’approche, ce qui compte c’est la qualité de la formation (un diplôme ou une certification) et le sentiment de confiance que le coach inspire ou non lors de la première rencontre.

Et après ?

HT : Le coaching n’est qu’un début ou qu’une étape dans la construction de la « personne professionnelle » de chacun. Cela permet de se positionner clairement dans son activité (dans son organisation, dans son équilibre vie privé/vie pro, dans l’image qu’on souhaite véhiculer à son réseau, etc.). Pour la suite, le professionnel poursuit sa route, seul. Mais il dispose d’outils construits lors du coaching et d’une énergie et d’une confiance renouvelée. « 

Héloïse Tillinac

Coach diplômée de l’Université Paris 8, formatrice et coach au sein du cabinet Neowork Lab.

 

Post Author: La rédaction