Créer son entreprise en gardant son poste : le slashing de prudence


Parmi les 4,5 millions de slasheurs en France, un certain nombre d’entre eux ne le seraient que de manière temporaire. Nombreux sont en effet les professionnels qui lancent une entreprise tout en gardant leur poste et qui pensent cumuler le temps de « voir » comment leur projet démarre. Petites réflexions sur ce slashing de « prudence », qui ne sait pas encore s’il est transition ou mode de vie professionnelle…

« Hating your job intensely is not a business plan ».

Aujourd’hui, créer une entreprise est présenté dans certains discours médiatiques comme un véritable Graal, notamment pour les salariés qui ont le mal de travail et rêvent de faire exploser hiérarchie et contraintes. Pour autant, devenir entrepreneur implique une certaine réalité (risque financier, autonomie, isolement…) à laquelle il vaut mieux prendre le temps de se préparer. Comme le souligne Pam Slim, auteur/conférencière/coach d’entrepreneurs, « Hating your job intensely is not a business plan ». Le dégoût de son poste n’est pas suffisant pour se lancer dans l’aventure entrepreneuriale : il faut développer une idée, définir sa cible, vérifier l’existence d’un marché potentiel. Bref, interroger la viabilité du projet avant de quitter son entreprise. Certains salariés lancent ainsi un projet d’entreprise tout en conservant leur poste, le temps de murir leur réflexion et d’effectuer les vérifications de viabilité. S’investissant dans une création d’entreprise tout en gardant leur sécurité financière, ils deviennent ainsi des slasheurs… de prudence.

Dé-glamouriser l’entrepreneuriat

Ce « slashing de prudence » a l’avantage de permettre à la personne porteuse de projet de ne pas se jeter à l’eau sans filet. La volonté d’insuffler en France un esprit entrepreneurial s’accompagne parfois d’une vision quelque peu idéalisée de la création d’entreprise, qu’il est raisonnable de venir tester, soi-même, avant de tout lâcher. Devenir slasheur à ce moment-là permet non seulement de construire raisonnablement son projet mais aussi de voir, « en vrai », à quoi correspond la vie professionnelle d’un entrepreneur. Pam Slim, , insiste ainsi sur la nécessité de dé-glamouriser la création d’entreprise (son entretien vidéo avec Emilie Wapnick, , notre transcription/traduction ci-dessous) :

« Aujourd’hui, on se focalise totalement sur le type de « mode professionnel » (est ce qu’on est un salarié ou un entrepreneur) et on retrouve dans les discours un truc du style « côté obscur/ lumineux de la force » : « Tu travailles pour quelqu’un d’autre : pas bien. Tu travailles à ton compte : bien ». Tu sais, la phrase « la seule manière d’être libre c’est d’avoir sa propre entreprise ». Peut-être parce que je travaille tous les jours avec la réalité concrète de ce que ça signifie, je n’ai aucune vision « glamour » sur ce que c’est de lancer et de diriger un business. Je suis tellement impressionnée au quotidien par mes clients et le courage que ça demande d’y aller et de faire que les choses marchent en tant qu’entrepreneur. Et ce n’est pas toujours le meilleur « mode professionnel » pour tout le monde. »

Le slasheur de prudence ouvre donc cette possibilité : voir le réel de la création d’entreprise sans le « glamour » imaginé et tester si ce mode professionnel nous correspond. Le choix de slasher se situe ici du côté du curseur le plus raisonnable : cumuler pour tester en douceur. Un profil de slasheur très différent donc de son extrême opposé, le « slasheur de passion », pour qui variation, pluralité, changement sont au cœur même des motivations.

Rester slasheur ou devenir mono-entrepreneur ?

Si ce slashing de prudence est une manière raisonnable d’envisager sa transition professionnelle du salariat à l’entrepreneuriat, faut-il le faire perdurer ?

Pas de réponse toute faite bien-sûr. Cela va dépendre du degré de besoin de sécurité de chacun (sécurité financière mais aussi symbolique parfois), du degré d’accomplissement dans sa création d’entreprise ou à l’inverse du degré de ras-le-bol de son poste. On peut ainsi mesurer son échelle de rejet envers sa situation professionnelle, ce que Pam Slim nomme sa « loathing scale » (littéralement son « échelle de haine/dégoût »). L’idée est de noter, chaque jour, l’existence de certains symptômes physiques au travail (épaules ou mâchoire qui se crispent, maux de tête, maux de ventre…). Pour certains, il y aura urgence à partir. Pour d’autres, conserver son poste en parallèle de son entreprise va finalement s’avérer envisageable :

« Je détestais mon job, vraiment, et j’étais sûre que je le quitterai dès que possible (en gros dès que j’aurai un peu de visibilité financière sur mon entreprise). Mais bizarrement, le fait de lancer mon projet en parallèle m’a rendue plus détendue avec mon job. Un effet un peu « moins la pression » depuis que je sais que ma vie pro se résume pas à ça. J’ai réussi à négocier un temps partiel au boulot et pour le moment, ça me va. » Serena, comptable/designer

Quelle que soit sa situation, il faut garder la tête froide vis-à-vis des influences extérieures avant de décider d’acter ou non un changement : il n’y a pas de mérite à tout lâcher pour créer son entreprise (« sautez, le parachute viendra ! ») si l’équilibre que l’on a trouvé dans un slashing de prudence convient ; il n’y pas non plus à suivre une recette absolue du bonheur dans le slashing si l’on n’est pas à l’aise avec la pluriactivité. Alors, slashing de transition ou slashing installé, l’essentiel est de s’écouter…

 

Post Author: La rédaction

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