Le slasheur est-il une slasheuse ?

Peut-être en raison du fait que la presse féminine s’est rapidement intéressée au phénomène, les portraits de slasheurs sont très souvent des portraits de slasheuses. L’imaginaire diffusé autour du pluri-actif est celui d’une jeune photographe/rédactrice/blogueuse, sirotant un caramel macchiato derrière son mac.

Si cet imaginaire correspond à une certaine tendance (un slashing choisi, urbain et cool) rencontre-t-elle la réalité statistique des slasheurs ?

Le multi-tasking, un « art » féminin ?

En mars dernier, le magazine Elle consacrait un papier à la question en interviewant Serge Guérin sous le titre « Les « slashers », un phénomène plus féminin que masculin ? »

Soulignant à la fois  le caractère culturel du multi-tasking féminin (« couteau suisse social ») et la réalité sociologique de la répartition de l’organisation familiale (plus de temps partiels posés chez les femmes que chez les hommes), le sociologue y conclue que les femmes sont plus facilement « disposées » à la pluri-activité.

Derrière cette question liée à la répartition des temps de vie professionnelle/vie privée lors du passage à la parentalité, se joue plus profondément celle d’une « aptitude » au multi-tasking. L’idée selon laquelle les hommes sont incapables de faire deux choses en même temps est ainsi largement répandue et souvent revendiquée par les femmes elles-mêmes. Les études menées sur les processus cognitifs au niveau cérébral concluent à la fois à tout et à son contraire. Dans le même temps vient de paraître une étude montrant que les pigeons sont multi-tasks. De quoi faire relativiser un peu l’enjeu du débat…

Moins de femmes au global, plus d’auto-entrepreneuses

L’image d’un slasheur au féminin correspond-elle aux chiffres de la pluri-activité ? D’après les résultats d’une étude menée par le Salon SME en 2016, il semblerait que non. A la question : « En plus de votre activité principale, exercez-vous une autre activité professionnelle déclarée et générant des revenus ? », 13% de femmes contre 16% des hommes ont répondu oui. Les slasheurs, du moins ceux qui ont répondu à l’enquête, seraient donc plus largement des hommes que des femmes.

Ce qui est intéressant à la lecture des résultats de l’étude, c’est la différence de statut en fonction du genre. Salarié, pigiste ou auto-entrepreneur, hommes et femmes slashent différemment :

A la question : Dans quel cadre exercez-vous cette activité professionnelle complémentaire ?

  • 31% des femmes déclarent avoir un 2èmeemploi salarié / 23% des hommes
  • 18% des femmes déclarent faire des extras-piges / 21% des hommes
  • 16% des femmes déclarent être auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur) / 13% des hommes

 

Les femmes sont ainsi plus nombreuses à déclarer avoir un deuxième emploi en tant que salarié (+8%) et en tant qu’auto-entrepreneur (+3%). Difficile cependant de traduire ces données. Sur la question de la précarité par exemple,  la plus large proportion des femmes à exercer leur seconde activité en tant qu’auto-entrepreneur laisserait penser à un risque de fragilisation mais leur plus large proportion encore à l’exercer en tant que salarié laisse penser le contraire. Derrière cette question, se joue donc également celle des revenus tirés de la pluri-activité, et le manque de données (notamment en raison des difficultés méthodologiques à enquêter sur le phénomène) ne permet pas encore aujourd’hui d’y répondre.

L’imaginaire d’un slasheur au féminin ne correspondrait donc pas à la réalité sociologique de la pluri-activité plus largement masculine. Il semblerait pourtant que le phénomène, en tant qu’il est revendiqué presque comme un mode de vie, reste plus féminin : sur Linked’In aujourd’hui, on trouve 45 fois l’indication « slasheur » dans les descriptifs de profils contre 92 fois celle de « slasheuse ». Reste à savoir si les slasheuses sont juste plus informées de la tendance (notamment via la presse féminine) ou si elles sont plus nombreuses à « l’assumer »…

Source : Etude menée en 2016 par le Salon SME

Merci à Caroline Fichera et Alain Bosetti pour les sources complètes

Post Author: La rédaction

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