Slashing : s’octroyer des pauses et du temps libre

Deux écueils majeurs se présentent lorsqu’on travaille seul : la procrastination ou la sur-organisation qui ne laisse plus aucune place aux temps morts, aux espaces libres, aux pauses. Cela est particulièrement vrai pour les slasheurs, dont la multi-activité pousse à développer parfois des techniques d’organisation dignes d’un lieutenant-chef paré à régir un camp militaire. Or, la décompression est essentielle pour l’efficacité et la création. Le point sur l’importance des pauses et de la bonne procrastination, la bonne inactivité, la bonne flemme.

 

Faire des pauses : un besoin physiologique

La sécurité routière a fait passer le message : un conducteur doit faire une pause toutes les deux heures pour bien arriver à destination. Sa concentration et sa rapidité d’action reviennent à leur maximum après 15 minutes de pause. Les coachs sportifs l’assènent également à leurs champions : toute séance intensive doit être suivie d’un temps de récupération. Les pluri-actifs ? N’ont pas vraiment le temps de se poser la question vue qu’au moment de la pause de leur activité A…ils feront l’activité B.

Pourtant faire des pauses est un besoin physiologique qu’il faut veiller à respecter le plus possible sous peine de perdre du temps à l’arrivée en raison de la fatigue. A la clef, perte de concentration, d’efficacité et éventuellement baisse des défenses immunitaires et rhume carabiné qui « gèle » l’activité pendant deux ou trois jours. La slasheuse Cheri Baker rapporte sur son blog son expérience d’un mois où elle a connu « zéro blanc dans l’agenda »

« J’ai pas pu m’empêcher. Les projets étaient trop tentants et venaient de clients que j’adorais. Et donc d’un coup je me suis retrouvée à gérer de front 5 projets de conseil en même temps et j’étais dépassée. »

Elle décrit les conséquences rapides de cette vie sans pause, qui sont les raisons justement pour lesquelles elle avait abandonné sa vie pro d’avant pour devenir slasheuse :

« Je mangeais mal, à nouveau. Je me sentais angoissée, à nouveau. J’arrêtais pas de me réveiller au milieu de la nuit, j’ai arrêté d’aller à mon groupe d’écrivains. J’envoyais bouler mon entourage en annulant des cafés et en refusant des sorties. Mes pensées tournaient en boucle comme une souris dans une roue. »

Gérer le flux d’entrées de clients ou de missions n’est pas toujours possible. Alors quelle que soit l’intensité d’une journée, il faut se forcer à faire des micro-pauses. Cela est d’autant plus vrai pour les professionnels qui travaillent 24/24 derrière un écran. L’INRS a même très sérieusement dressé des recommandations concernant les pauses à effectuer au quotidien :

  • pause d’au moins 5 min toutes les heures si la tâche est intensive
  • pause de 15 min toutes les 2 heures quoiqu’il en soit
  • pause du regard toutes les 20 minutes (quitter l’ordinateur des yeux et regarder au loin)

Les risques d’un travail intensif derrière l’écran sans pause sont des troubles occulaires mais également musculosquelettiques (douleurs nuque, épaule, lombaires, canal carpien…). Ces pauses quotidiennes ne doivent donc pas être passives : il faut BOUGER pendant les pauses. Et elles sont évidemment digital free (quitter son écran des yeux pour consulter son what’s app n’est pas validé comme pause…)

Le besoin de recul

Si on remplit tout son temps de cerveau disponible par de l’action, on est certes très efficace sur le court terme mais on risque de perdre à la fois en concentration et surtout en capacité de réflexion et de conceptualisation sur le long terme. Difficile de proposer de nouvelles idées ou projets quand on se cantonne au statut de visseur de boulon. Cette paralysie de la pensée liée au besoin d’empiler efficacité sur efficacité est analysée par la philosophe Nicole Aubert dans son essai Le culte de l’urgence (un bon résumé, ). Elle y analyse l’impact de l’augmentation des contraintes d’efficacité temporelle ces dix dernières années dans l’entreprise sur les salariés : l’exigence croissante de rendu court terme leur fait perdre toute capacité de recentration et de recul.

Cette capacité à prendre du recul est d’autant plus importante quand on est responsable de la commercialisation de sa propre activité et qu’il faut régulièrement s’interroger sur la prochaine stratégie à mettre en place. L’indépendant, s’il veut rester en accord avec le marché du travail qui le recrute doit, plus qu’un salarié, effectuer des mises au point régulières. Plus largement, le slashing est pour de nombreux professionnels un choix de liberté et d’indépendance par rapport à un fonctionnement d’entreprise classique : à charge du travailleur indépendant de ne pas reproduire les mêmes dérives en calquant son activité sur un rythme effréné qui fait perdre de vue la Big Picture.

 

« Il faut flâner et rêver. C’est quand tu ne fais rien que tu travailles le plus ». Renoir

A chacun de trouver son rythme, cela peut être au quotidien : une courte promenade, un morceau de musique, la préparation d’un gâteau… En fonction des contraintes de chacun, cela peut aussi être étalé dans le temps : un massage chaque trimestre, un cinéma chaque mois et comme pour tout le monde une hygiène numérique globale (pauses forcées dans les consultations de mails, textos, réseaux sociaux). Sans oublier bien-sûr le besoin, scientifiquement reconnu par les chercheurs, de vacances. De vraies.

Post Author: La rédaction

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