Se faire coacher quand on est slasheur

L‘accompagnement des individus sur des problématiques professionnelles via le coaching est en pleine expansion. Essentiellement pratiqué encore au sein des entreprises pour les salariés, le coaching pour les particuliers hors entreprise (indépendants ou fonctionnaires) croît cependant chaque année et représentait déjà 20 % des accompagnements en 2009.[1] Quid des slasheurs ? Le coaching est-il adapté aux types de problématiques rencontrées dans le cadre d’une pluri-activité ? Entretien avec Héloïse Tillinac, fondatrice du site slasheurs.fr et qui exerce (entre autres) le coaching.

Quand commencer un coaching ?

H.T : « Il n’y pas de moment clé pour entamer un coaching. L’essentiel est qu’il soit issu d’une réelle motivation et non de la simple tentation de suivre une mode. Le coaching n’est pas une conférence en organisation pour enfin savoir m’y prendre. Ce n’est ni du conseil, ni de la formation. Mais un accompagnement où le principal intéressé doit être impliqué et fournir du travail (pas de devoirs à rendre mais un travail de réflexion, parfois de remise en cause). Le bon moment pour commencer c’est quand « on le sent » et quand le besoin d’être accompagné rencontre l’investissement financier et temporel que cela implique. Il faut être prêt à réfléchir, à « travailler » sur son soi professionnel.

Des moments clefs ?

Si chacun vient en coaching avec sa propre motivation, on peut cependant repérer trois moments clefs dans le parcours d’un slasheur :

  1. le démarrage: on pratiquait déjà une activité et on vient de se lancer dans une seconde. Même si cette multiplication des tâches a été choisie, voire correspond à un réel sentiment d’épanouissement, elle risque de faire passer par une zone de turbulences. Le temps que tout cela occupe, les sacrifices que cela implique, l’incompréhension de l’entourage, la fatigue…Comme tout changement, le démarrage d’une pluri-activité créée son lot de bugs, en attendant l’adaptation.
  2. la zone de flou: on pratiquait déjà plusieurs activités, mais l’une d’elle (ou les deux, ou les trois), traverse un orage. Ou alors le calme plat. Toujours autant d’énergie impliquée mais pas de retour sur investissement. C’est peut-être le moment de prendre le temps de faire le point, de s’interroger sur sa stratégie, sur son offre, sur sa communication… Bref, de faire une pause pour penser à son développement. Là encore, le coach n’est pas un consultant en développement et en positionnement stratégique : il est un chemin permettant de penser son développement et de poser son positionnement stratégique.
  3. la transition: on était pluri-actif par raison (une activité « de cœur » d’un côté et une activité raisonnable, voire alimentaire, pour sécuriser le tout) mais ça y est, on est prêt à se lancer sans filet (et donc à ne plus être slasheur). Cette période de transition et de retour à une mono-activité est une période de changement aussi grand que le démarrage d’une pluri-activité. Les nombreuses questions et les doutes qui accompagnent de telles transitions peuvent être apportés dans le cadre d’un coaching.

Sur quelles problématiques ?

H.T : Là encore, pas de réponse toute faite. Chaque professionnel arrive avec une problématique qui lui est propre et cette problématique évolue fréquemment au cours du coaching. On peut évoquer quelques larges thématiques fréquemment rencontrées par les slasheurs qui tournent par définition autour de l’équilibre :

  • Frontière vie privée/vie professionnelle : nombreux sont les slasheurs qui font déborder un peu ou très largement leur activité seconde sur le temps « privé ». Et ça coince.
  • Time management : temps accordé à chacune des activités, procrastination, vision court terme/long terme…
  • Fatigue : le cumul d’activités s’est enchaîné de telle manière que sans pause ni respiration psychique le slasheur est au bord de l’épuisement
  • Croissance et développement : la pluri-activité est un challenge dont on peut espérer qu’il « rapporte » au slasheur une satisfaction, un complément financier ou un bagage dans son parcours de carrière. Réfléchir au développement de sa pluri-activité sur le long terme est un objet récurrent en coaching.

Quels outils ?

H.T : Le slasheur manque souvent de recul sur son activité et ce pour trois principales raisons :

  • il manque de temps
  • il est isolé dans sa pluriactivité (il peut être entouré dans chacune de ses activités mais il est le seul à vivre le pont)
  • sa manière de travailler est encore peu installée socialement, n’existe pas encore ni en terme de statut ni en terme d’identité marquée et il manque ainsi de repères, de structures, de modèles sur lesquels s’appuyer.

De ce point de vue, les outils fondamentaux du coaching sont particulièrement adaptés à ce besoin puisqu’il s’agit via le questionnement et la reformulation de créer un effet miroir qui aide le coaché à enfin se voir et, souvent, à se voir différemment. Pour aider à cette prise de recul, j’utilise personnellement des outils inspirés des « conversations externalisantes[2] » de l’approche narrative. Le but est de « faire sortir » l’activité du professionnel, pour lui permettre de la regarder d’un œil neuf et d’un nouveau point de vue. Une sorte d’exorcisme via la narration visant à « défusionner » l’activité de celui qui la pratique.

Auprès de qui ?

Le terme « coach » ne rencontrant pas encore d’encadrement juridique, n’importe qui peut aujourd’hui se déclarer coach. En entreprises, les DRH qui font coacher leurs collaborateurs connaissent bien le domaine et savent s’adresser auprès de personnes qualifiées. C’est moins évident lorsque l’on cherche seul de son côté. Deux critères doivent retenir votre attention : la qualification et la relation. On trouve aujourd’hui de nombreux « coachs » qui promettent de vous rebooster à base de « let’s go », « yes you can », « if you believe you can do it »… Un coach n’est pas un entraîneur olympique ni un gourou. C’est une personne formée à un processus très précis d’accompagnement. L’un des points de repère est le diplôme (DESU d’université) ou a minima la certification (écoles privées de coaching). Le deuxième point, tout aussi important, est le « feeling ». Une première rencontre est toujours nécessaire avant d’entamer un coaching : l’occasion de vérifier que vous vous sentez à l’aise et en confiance.

Et après ?

Le coaching n’est qu’un début ou qu’une étape dans la construction de la « personne professionnelle » du slasheur. Il lui permettra de se positionner clairement dans son activité (dans son organisation, dans son équilibre vie privé/vie pro, dans l’image qu’il souhaite véhiculer à son réseau, etc.). Pour la suite, le professionnel pluri-actif devra poursuivre sa route, avec les outils construits lors du coaching ainsi qu’avec l’énergie et la confiance emmagasinée. S’il le peut, se créer un réseau, non pas prioritairement connecté avec ses activités mais connecté avec sa manière de travailler en tant que slasheur peut lui être très utile. Une bonne façon de co-construire une structure, des repères, un modèle qui pourront servir de bouée de secours dans les moments de flottement. »

Entre 8 et 10 séances

Tous les 15 jours environ

Entre 1h30 et 2h00 par séance

 

Héloïse Tillinac est coach professionnelle (diplômée de l’Université Paris VIII). Elle intervient auprès d’entreprises sur les questions de l’autonomie au travail et accompagne entrepreneurs, freelances, slasheurs … dans leur parcours professionnel.

 

[1] Cf. Martine Brasseur, « Le coaching en entreprise », Dunod, 2009, p9
[2] Michael White, « Cartes des pratiques narratives », Editions Satas, 2009

Post Author: La rédaction

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