Le slasheur sait-il qu’il slashe ?

Les slasheurs ou pluri-actifs sont une réalité économique en croissance. Peut-on dire pour autant que les professionnels concernés se reconnaissent dans cette identité ? Aucune enquête n’a encore été menée sur la reconnaissance du terme « slasheur » ou « pluri-actif » auprès des professionnels concernés. Difficile donc de savoir dans quelle mesure le terme est adopté ni même connu de ceux qui cumulent plusieurs emplois. En regardant la manière dont les internautes s’informent sur le sujet en ligne (via Google par exemple) on peut cependant avoir une idée du « succès » du concept. Quels sont les mots clefs les plus fréquemment utilisés ? Y a-t-il des récurrences frappantes ou au contraire des omissions ? Petite enquête au cœur de Google Analytics et Google Trends…

« Slasheur », « pluriactif » : les mots associés par Google

Dans son « outil de planification de mots clefs », Google Adwords propose un certain nombre de mots clefs que l’algorythme considère comme « associés » au sujet. Sans entrer dans le détail de la méthodologie des outils analytics de Google (qui liste des termes directement ou indirectement liés au terme proposé), on peut voir que trois univers très distincts apparaissent :

  • Slasheur : dans les 10 premières expressions proposées par Google on trouve les termes « communauty manager » et « hipster ». Le terme est associé à une « communauté », pour le moins micro sur le plan sociologique. Plus loin dans la liste on trouve des expressions telles que « société génération », « après la génération Y », « génération geek », « génération Z sociologie »… Le terme « slasheur » est donc associé à une problématique générationnelle (que ce soit par les pluriactifs qui emploient ce terme ou par les journalistes ou chercheurs intéressés par ce qu’ils perçoivent comme un phénomène générationnel)
  • Slasheurs (au pluriel): le terme au pluriel amène d’autres propositions de mots clefs par Google Analytics.  Ils rendent compte de l’autre facette de la réalité de la pluriactivité avec dans les 10 premières expressions proposées l’idée d’« arrondir ses fins de mois ». Plus loin dans la liste on retrouve encore la problématique générationnelle (« génération silencieuse », « génération Z au travail », etc.)
  • Pluri actif et Pluriactif : la combinaison des deux orthographes possibles débouche sur une proposition de mots clefs très différente de slasheur qui ne prend en compte ni l’aspect « alimentaire » ni l’aspect générationnel. On y trouve les entrées par situation (« autoentrepreneur et salarié », « cumul emploi retraite tns », « recherche emploi saisonnier ») ainsi qu’une forte prégnance du domaine agricole (« micro entreprise agricole », « forfait agricole »). Le terme « agricole » est d’ailleurs le seul qui est directement associé à celui de pluriactif (« pluriactif agricole »). Ce rapprochement est confirmé par un rapide état des lieux des publications portant sur le sujet de la pluriactivité : la situation des agriculteurs y est centrale.

 

« slasheur » et « pluri-actif » : des termes recherchés ?

Dimension générationnelle, intérêt alimentaire, prisme par la situation individuelle…voilà le tableau des représentations associées aux termes slasheurs et pluriactifs. Mais l’utilisation de ces termes par les internautes est-elle significative ? Les professionnels concernent utilisent-ils naturellement ces termes pour se renseigner sur leur situation ?

Allons droit au but : « slasheur » est un terme peu performant dans les requêtes Google. La mesure Google Trends comparant les deux termes entre 2011 et 2016 montre que le terme « pluriactif » (avec ou sans espace) est largement plus utilisé par les internautes.

Autre constat frappant, mis à part un pic en janvier 2016 pour « slasheur », les deux expressions n’ont quasiment pas varié en 5 ans alors même que le sujet a connu une exposition médiatique plus large ces deux dernières années.

La faible présence de ces termes dans les requêtes signifie-t-il que les professionnels concernés ne sont tout simplement pas en recherche d’information ? Lorsqu’on compare avec les autres expressions employées possibles, il apparaît en réalité qu’ils sont très demandeurs d’information sur leurs statuts mais qu’ils utilisent une autre expression : « cumul d’emploi ». La requête écrase littéralement les deux autres passant environ d’une moyenne mensuelle de 100 et 1K pour « pluri-actif » et « slasheur » à une moyenne de requête mensuelle évaluée à entre 1k et 10K.

 

 La reconnaissance sociale du terme « pluriactif » est donc, à en croire les requêtes naturellement effectuées par les internautes, minime. Elle est même quasi inexistante quand il s’agit du concept de « slasheur ». Partant de l’hypothèse que ces requêtes sont essentiellement effectuées par les principaux intéressés (à la marge par des journalistes ou sociologues par exemple), force est de constater que la pluri-activité est aujourd’hui loin de constituer une identité professionnelle en soi.

 

Synthèse des mots clefs : entrée cumul ou entrée profil

Globalement, l’analyse des mots clefs utilisés par les internautes pour se renseigner sur une question en lien avec la pluriactivité, font apparaître deux principales catégories :

  • des mots clefs ou des expressions qui traitent du cumul d’activité en tant que tel: « plusieurs métiers », « activité complémentaire », « peut on cumuler deux emplois », « second emploi », « avoir deux emplois », « cumul contrat de travail », « activité accessoire », etc.
  • des mots clefs ou des expressions qui renvoient à un profil particulier, à une situation de pluriactivité précise : « salarié et autoentrepreneur », « gérant salarié », « emploi saisonnier hiver », « fonctionnaire et autoentrepreneur », « travailler en retraite », etc.

Loin de se projeter dans une entité professionnelle collective, les internautes effectuent donc leur requête en partant de leur situation très précise et toute personnelle. Cela est également le reflet du contenu des sites d’information sur ces sujets qui, au vu de la complexité à la fois du droit du travail et des prestations sociales, abordent les situations une par une.

Qu’en conclure ?

L’algorythme de Google Analytics reste en partie mystérieux et ses propositions de mots clefs ne peuvent être considérées comme le reflet fidèle des intérêts des internautes puisqu’y sont mêlées des expressions « indirectement liées ». Mais que ces termes soient le reflet des requêtes ou du contenu des sites internet qui en parlent, ils sont révélateurs des grands univers sémantiques qui accompagnent la pluriactivité :

  1. dimension personnelle (requête au cas par cas)
  2. dimension générationnelle
  3. dimension alimentaire

Les statistiques Google Trends rendent, elles, clairement compte de l’écrasement des requêtes pluri-actif et slasheur comparé au très général « cumul d’emploi ». Le signe que la réalité de la pluri-activité est encore très disparate et non constituée en communauté ou en identité professionnelle. Dans ce domaine, il reste tout à faire…

Post Author: La rédaction

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