« Et toi tu fais quoi dans la vie ? »

C’est une question relativement banale. Venant assez vite dans la conversation quand on rencontre quelqu’un qu’on ne connaît pas encore. Pourtant, cette convention sociale est souvent problématique pour un pluri-actif. Et, la personne qui interroge le slasheur, parfois par pur politesse, risque de rencontrer une réponse « un peu » plus longue que prévue. Comment répondre à cette fatidique interrogation ? Que signifie-t-elle réellement ? Le point pour bien réagir au what-do-you-do-for-a-living.

 

What do you do/ do ?

Cumuler plusieurs activités correspond souvent à un rythme et une forme de travail qui expose à un certain nombre de questions de l’entourage social. Parmi elles, celles qui récolte la palme des questions les plus redoutées des slasheurs est sans conteste « Et toi, tu fais quoi ? ».

Emilie Wipnick, intervenante à une conférence TED sur la multipotentialité, y consacre d’ailleurs un article sur son blog, inspirant plus de 50 commentaires.

Face à THE question, plusieurs options sont possibles, à varier en fonction de l’interlocuteur, de l’enjeu de la conversation et de l’humeur :

  1. N’évoquer qu’une seule activité

C’est parfois nécessaire si l’interlocuteur est un potentiel prospect/ employeur et que vous partagez réellement un domaine en commun. Évoquez la ou les activités annexes risque de brouiller le message, votre interlocuteur surchargé d’informations ne visualise pas clairement votre activité et risque de garder en mémoire un certain flou. Nabil Tak-Tak, consultant/formateur/coach conseille ainsi d’avoir sur soi des cartes de visite différentes en fonction de ses activités, à distribuer en fonction des besoins de ses interlocuteurs. L’inverse peut cependant être aussi vrai, on est parfois surpris au grès des conversations de découvrir des ponts et des liens avec des centres d’intérêts annexes. Votre interlocuteur vous gardera alors d’autant mieux en mémoire que vous aurez « marqué » la conversation de votre touche personnelle. Le mieux est de se fier à son instinct, de sentir si la personne en face de vous risque d’y être réceptive, et de réserver éventuellement une ouverture sur vos autres activités plutôt en fin d’échange.

  1. Mentir Transformer légèrement le réel

Pour certains slasheurs les activités exercées ne correspondent à rien de précédemment connu ou clairement délimité. C’est le cas de nombreuses professions liées au digital ou à de nouvelles formes d’accompagnement de la personne ne correspondent à aucun code INSEE, NAF ou ROME. Pour ces slasheurs, il peut être parfois utile de « traduire » en langage classique l’activité. Un media trainer/consultant fleurs de Bach pourra parler de coaching et de sophrologie, quitte à revenir plus précisément sur les spécificités de ses activités si la conversation se poursuit sur une définition plus précise des activités en question.

 

  1. Se déclarer pluri-actif ou slasheur

Pour ceux qui maîtrisent bien leur discours et assument franchement leur pluriactivité (capacité à répondre, sans se sentir illégitime, aux questions que la pluri-activité va nécessairement déclencher, il est possible d’afficher clairement sa double casquette. « Je suis journaliste/menuisier ». Pour ceux qui assument non seulement la multiplicité de leurs activités mais aussi la pluri-activité comme statut, la réponse peut être encore plus laconique. « Je suis slasheur » (à condition d’avoir déjà identifié qu’on l’est !). A la charge de votre interlocuteur de se débrouiller avec ça et de vous interroger plus précisément s’il le souhaite. C’est limite provocant, donc à réserver à certains interlocuteurs seulement.

 

  1. Dégainer d’abord

Quelle que soit l’option choisie, le mieux est de se mettre en situation de posséder suffisamment d’informations sur votre interlocuteur pour orienter votre discours. Une règle est donc est de questionner rapidement en premier la personne pour « sentir » son degré d’intérêt et d’ouverture à vos multiples activités. Oui, « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » est une question pesante pour un slasheur. Sauf quand c’est lui qui la pose.

 

  1. Pleurer sur l’épaule de son interlocuteur en disant qu’on est complètement perdu, qu’on ne sait pas du tout où on en est professionnellement et que cette seule question poliment posée en ce début de soirée nous plonge dans des affres d’anxiété

C’est déconseillé, pour tout un tas de raisons. La pluriactivité peut se révéler déstabilisante notamment à trois étapes clés : l’installation en tant que pluri-actif (au moment du démarrage d’une seconde activité), le retour à une mono-activité (ex, abandon de l’activité 1, sécurisante financièrement pour se lancer dans l’activité 2) et les périodes de désert d’une activité (aucun client, aucune vente depuis 3 mois). Dans ces moments de flou, il on peut chercher du soutien auprès d’associations (d’entrepreneurs par exemple) ou encore à s’offrir un coaching.

Derrière l’anecdote, la question « tu fais quoi dans la vie » est en réalité loin d’être anodine. Elle est le reflet d’une attente sociale qui implique une réponse unique, anglée « métier ». Les commentaires du blog d’Emilie Wipnick rendent tous compte des difficultés des pluri-actifs à répondre à cette question car elle les place face à la définition et aux limites de leur identité professionnelle. Le conseil plus large, mais qui vaut également pour nombre de professionnels mono-actifs dont les compétences et domaines d’exercice sont de plus en plus variés, est de maîtriser le discours sur son soi professionnel, son « story telling ».

Post Author: La rédaction

2 thoughts on “« Et toi tu fais quoi dans la vie ? »

    Sosobio

    (09/11/2017 - 12:40 )

    Je ne suis pas slasheuse mais j’aime bien l’idée de s’entraîner à se présenter (sous chronomètre) en 1 minute trente, si possible avec de l’humour. Ca permet de réfléchir à ce qui est IMPORTANT pour moi et à créer de nouveaux contacts. Cette question « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » est anodine et même bienveillante. La personne qui me la pose souhaite entrer en contact avec moi, pas me mettre mal à l’aise. C’est donc (à mon av is) à MOI de m’entraîner à y répondre tranquillement, sereinement afin d’ouvrir vers la convivialité et peut-être un futur partenariat ou contrat !
    Je connaissais quelqu’un qui travaillait dans le nucléaire et qui disait « Je fabrique des nuages », si c’était un contact personnel il ajoutait :  » je suis papa de trois princesses et j’adore la cuisine et la moto ». En quelques secondes, il ouvrait plein de portes… Et des années après, je me souviens encore de ses mots, alors même que nous n’avons plus de contacts….

      La rédaction

      (09/11/2017 - 6:56 )

      Merci pour ce témoignage, on retient les 1 minute 30 au chrono !

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