Cumul d’emploi et vie de couple

La vie quotidienne d’un slasheur ne correspond pas nécessairement au tableau dressé par les médias (jeune millenial, naviguant entre son activité de blogueuse, de chroniqueuse mode et de directrice de collection). Les 4,5 millions de travailleurs multiactifs ne sont pas tous des Carry Bradshaw qui achèvent leur journée de travail à 23h00 autour d’un Cosmopolitain. Pour certains (pour la plupart ?), il faut composer avec des contraintes, dont par exemple la présence d’un conjoint. Comment concilier vie de couple et pluri-activité ? Quels sont les obstacles auxquels prêter attention et quelles solutions adopter ? Le point.

 

Obstacle n°1 : les variations de rythme

Si le slashing peut correspondre à une situation professionnelle stable et clairement rythmée (enseignant/archiviste à mi-temps), il s’accompagne cependant fréquemment de variations d’horaires entraînant de fréquentes réorganisations d’emploi du temps, voire une imprévisibilité complète de rythme. Or, cette liberté qui représente l’un des atouts majeurs de la pluri-activité peut entraîner des frictions au sein du couple, notamment lorsque le conjoint exerce une activité salariale classique. Pas toujours évident d’accepter ces variations surtout lorsqu’elles sont imprévisibles.

« J’ai déjà dû annuler deux fois des vacances en famille en raison des missions de Tristan. La deuxième fois, je suis partie seule avec les enfants », Mélanie.

Le slashing ne diffère pas en cela de toute activité indépendante qui repose sur le rythme des clients et des missions. Simplement, le cumul d’activités multiplie les chances statistiques de variations.

 

Obstacle n°2 : la disparition du « temps libre » 

Le principal enjeu des professionnels pluri-actifs est la gestion de leur temps libre. Pour beaucoup de slasheurs, le temps libre est justement l’occasion de glisser l’une de ses activités multiples : une pause déjeuner pour finir une commande de couture, une soirée avec l’ordi au lit pour achever une présentation et bien-sûr le week-end pour tout le reste. Un coup de tête passé dans un Starbucks un dimanche matin force à constater que le sacro-saint repos dominical est loin d’être une réalité pour de nombreux professionnels.

« J’adore le dimanche matin, c’est une vraie fenêtre de création. Quand tout le monde dort, j’ai l’impression que ça décuple mon énergie à travailler », Lucie comptable/scénariste.

Si cette organisation ne pose pas nécessairement problème au slasheur, elle risque d’impacter pourtant directement sur le « temps de couple disponible » restant. Ce débordement sur le temps commun peut être facilement intériorisé par le conjoint dans le cas d’une contrainte économique (nécessité de caser un petit boulot le week-end). Mais il semble plus difficile à digérer dans le cas d’une pluri-activité de type hobby, comme c’est le cas pour Aïsha :

« Je trouve ça super qu’il s’épanouisse en donnant des cours de Caporeira le week-end. Je comprends bien que c’est son équilibre, mais y a des fois où je me dis que moi aussi j’aimerais bien lâcher homme et enfants pour m’éclater. »

 

Obstacle n°3 : l’insécurité financière

Autre point de crispation possible au sein d’un couple, l’insécurité financière entraînée par de nombreuses situations de slashing (lorsqu’aucune des activités n’est salariée par exemple). L’argent est l’un des points central, bien qui rarement discuté, de l’équilibre d’un couple. L’insécurité financière peut créer des angoisses quant à la projection dans l’avenir (achat immobilier, projet d’enfant) mais aussi dans le rythme quotidien.

« Je sais jamais trop où elle en est. Y a des fois où je refuse qu’elle paie le moindre café et le mois d’après elle nous offre un week-end de trois jours à Rome. » (Sylvain, 32 ans)

 

Communiquer…oui mais dans le concret

Comme toujours au sein du couple la clef est dans la communication. Ce n’est cependant pas toujours évident pour le travailleur pluri-actif qui n’a pas nécessairement beaucoup de visibilité et qui peut être lui-même traversé d’angoisses concernant son rythme et ses revenus. Pour éviter que le couple s’engage sur un bateau qui navigue totalement à vue, faites régulièrement le point, y compris lorsque l’état des connaissances n’est pas très avancé. Trouvez le rythme qui vous convient, cela peut-être une fois par mois, une fois par semaine ou tous les soirs si votre activité est vraiment très variable. N’hésitez pas à utiliser des outils concrets (agendas partagés, comptes sur tableur excell) pour rendre visible et concrète une situation qui laisse parfois au conjoint un sentiment de flou. De nombreuses professions entraînent déjà des variations de rythme ou de revenus (boulanger, infirmier de nuit, serveur…), simplement elles bénéficient d’une visibilité et d’une « connaissance sociale » largement répandue. Les slasheurs, qui peuvent présenter une multiplicité de profils à l’infini, doivent communiquer à leur conjoint une image, un périmètre, une définition de leur activité et de son déroulement.

Assumer sa « responsabilité »

Dans le cas où le rythme du travailleur pluri-actif est bien rodé mais impacte fortement la vie du conjoint, notamment lorsqu’il y a des enfants à charge, évitez de jeter un mouchoir dessus (encore moins d’entrer dans un mode de revendication agressif lié à la culpabilité). L’idée est au contraire de proposer des micro-compensations, essentiellement symboliques. Vous laissez votre conjoint tous les dimanche matins pour travailler ? Dites que c’est vous qui ramenez le déjeuner pour tout le monde ou bien annoncez que vous prévoyez un quart d’heure dans votre matinée pour faire le point sur un élément de gestion familial (comptes, vacances…). Lorsque le temps de couple est impacté par le travail, il est bon que le temps de travail amène un petit avantage au temps de couple.  Autrement dit, trouver tout élément permettant au conjoint de ne pas subir la pluri-activité mais de l’apprivoiser, en ayant le sentiment d’avoir un tout petit retour sur investissement.

Notre temps social est très fortement régulé par un mode de travail salarial (semaine de 5 jours, heures de pointe, RTT…). Les couples réunissant un salarié classique à un travailleur pluri-actif doivent ainsi inventer leur propre équilibre. Spéciale dédicace aux couples de slasheurs/slasheurs : ils devront effectuer une bonne alchimie entre le « point agenda » et le « point financier » de chacun…et la remettre en cause régulièrement !

Post Author: La rédaction

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